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Quand le bâtiment va, tout va. La formule, qui date du 19ème siècle, est de Martin Nadaud, maçon avant de devenir député puis préfet. Cette vérité consacrée pose la construction comme principal moteur de la croissance, capable d’entrainer et de faire prospérer le reste de l’économie. Pourtant, le poids de la construction dans la valeur ajoutée n’a cessé de se réduire. D'ailleurs, tout comme on parle de "désindustrialisation", on pourrait parler de la "déconstruction" de nos économies.


La construction n'a jamais aussi peu pesé dans la croissance


C’est bien simple, jamais depuis le début des années 50 la construction n’aura pesé aussi peu dans la création de valeur en France. A peine plus de 5% aujourd’hui. Au début des années 70, la valeur ajoutée de la construction représentait près de 13% de la richesse nationale. Ce recul est même plus important que celui de l’industrie manufacturière. Ainsi, depuis le début des années 50, l’industrie à trois fois plus contribué à la croissance française que le BTP.


Le poids de l’emploi du bâtiment et des travaux publics dans l’emploi total salarié suit la même tendance et semble raconter la même histoire : celle de l’épuisement relatif de la construction au fil du temps. Des années 50 jusqu’au début des années 70, l’effort de reconstruction de l’après-guerre et la construction de grands ensembles - notamment en région parisienne pour faire face à une démographie galopante – a marqué le pays. Cela a conduit à une hypertrophie du BTP, un peu artificielle, qui s’est dégonflée par la suite.


Mais même en prenant comme point de départ le début des années 90, pour gommer cet effet, la "déconstruction" de l’économie française apparait plus marquée que sa "désindustrialisation". A première vue, l’adage a vécu.


Le secteur du BTP stagne


La demande de logement est en grande partie satisfaite et la construction neuve ne fait plus que suivre les évolutions de la démographie, en nette décélération. Si bien qu’en moyenne depuis les années 80, seuls 360.000 logements sortent de terre chaque année. C’est peu par rapport aux 500.000 du début des années 70, mais cela reste quand même assez conséquent et le parc de logements s’est accru de 10 millions d'unités depuis le milieu des années 80.


Ce sont autant d’habitations qu’il faut entretenir, réhabiliter, ce qui génère de l’activité supplémentaire pour les professionnels du bâtiment. Idem pour le hors-logement, c’est-à-dire les locaux professionnels comme les centres commerciaux, les usines, les entrepôts ou les bâtiments administratifs.
Bref, une fois que l’on combine ces différents effets, le BTP stagne, tandis que l’économie croît au rythme de 1,5%. D’où la décrue tendancielle du poids du secteur.


Mais il sous-traite de plus en plus


Ces chiffres donnent toutefois une idée réductrice des effets d’entrainement du secteur. Car il sous-traite de plus en plus. En témoigne le poids des consommations intermédiaires dans la production. Les professionnels du bâtiment sont de plus en plus des assembleurs de modules préfabriqués en amont par l’industrie, ce qui fait gonfler le coût des consommations intermédiaires. Le but étant d’économiser de la main d’œuvre. Une partie de la croissance et de la richesse créée par la construction est donc en réalité souterraine et se retrouve aujourd’hui dans l’industrie.


Pour bien se rendre compte du rôle pivot du BTP, il suffit finalement de superposer deux courbes : celle du PIB, et celle de l’investissement construction. On s’aperçoit que sans la construction, la croissance ne peut changer de braquet et que l’adage reste tout de même d’actualité.

 

Alexandre Mirlicourtois, "Quand le bâtiment va, tout va" : la vérification, une vidéo Xerfi Canal Economie.


Publié le jeudi 19 octobre 2017 . 3 min. 42

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